Bonjour à toutes et à tous, nous avons le plaisir d'accueillir Frédéric Vincent, Président-Directeur Général de Nexans.
Bonjour à toutes et à tous.

gerrard : Votre marge opérationnelle 2009 est passée de 6% du chiffre d'affaires à cours des métaux non ferreux constants contre 8,9% en 2008. Comment l'expliquez-vous et que comptez-vous faire pour y remédier ?
Notre marge est passée de 9% à 6% sous l'effet d'une réduction de 17% de nos volumes. Deux points sont positifs : notre taux de marge est resté protégé. Notre marge brute est de 32,5% contre 32% en 2008. 2ème élément, nous avons lancé un plan de restructuration de 120 millions d'euros qui nous a permis de dégager une soixantaine de millions d'économie dès 2009.

Zoran92 : Bonjour Monsieur, quel a été l'impact de la crise boursière sur vos activités en 2009 ?
La crise boursière en elle-même, pas grand chose, elle ne reflète que des difficultés économiques qui ont réduit notre CA de 17%. Elle aura permis au FSI de rentrer dans notre capital à hauteur de 5%. C'est un effet de la crise. Nexans a 140 millions de dette et nous n'avons pas besoin de faire appel aux actionnaires, il n'y a pas de problème de financement chez Nexans.

Marc : Votre objectif est d'être le moins cyclique possible. Or, d'après le cours de Bourse du groupe et de ses carnets de commandes, vous êtes encore très sensible à la conjoncture économique. Que comptez-vous faire ?
D'abord, de toute façon, toute société est sensible à son cycle économique. Il y a effectivement des moyens de se protéger. Ce qui protège Nexans est d'avoir 45% à 50% de son activité sur des infrastructures à cycles longs. Cela viendra donc par le renforcement de ces contrats à long terme, qui représente aujourd'hui 800 millions d'euros sur des commandes à long terme. Nous avons une visibilité à 18 mois.

LEROY SERGE : De la part d'un fidèle Abonné. Bonjour, j'ai acheté dans le cadre de mon PEA en avril 2008 des actions Nexans à 88,739€ Aujourd'hui, celles-ci ont une valeur de 58,09€ que feriez-vous à ma place en 2010. Remerciements, bonne journée à l'équipe Serge Leroy.
A votre place je ne vendrai pas. Moi personnellement, je ne vais pas les vendre. Le potentiel de valorisation boursière n'est pas atteint. Le « target price » des analystes est de l'ordre de 65 à 70 euros par action.

Vous parlez de la transformation de Nexans. Pensez-vous que les actionnaires ont perçu ce changement ?
Je pense que les actionnaires ont compris que Nexans avait changé entre 2001 et aujourd’hui. En 2002 nous faisions un CA de 4Mds à 2%, en 2009 notre rentabilité est passée à 6%. Malgré les hauts et les bas du marché, nous sommes passés de 25 à50 euros alors que le Cac 40 a pris la direction opposée.

Drago : Votre société verse-t-elle des dividendes ?
Naturellement nous allons verser un dividende de 1 euro par action contre 2 euros l'an dernier, ce qui correspond à la réduction de notre résultat opérationnel. Il faut que les actionnaires soient associés aux performances de l'entreprise, c'est la loi du marché.

gerrard : En acquérant 5% du capital de Nexans en juillet dernier, le FSI (Fonds Stratégique d'Investissement) est devenu le deuxième actionnaire du groupe après le fabricant chilien de câbles Madeco (9%). Que représente pour vous cet actionnaire ? Que vous apporte-t-il, à part des fonds ? Est-il présent au conseil d'administration ?
La société a toujours fixé comme règle de verser un dividende de l'ordre de 30% du résultat hors exceptionnel, ce qui est le cas, soit un rendement de l'ordre de 3 à 4% sur le court moyen 2009. Oui il est représenté par un administrateur qui l'était déjà : Jérôme Gallo. Le FSI nous apporte une compréhension que l'économie ne marche pas au coup de sifflet mais sur le long terme. Quand on investit en Inde, en Russie ou sur d'autres marchés, le retour sur investissement se produira sur plusieurs années. Le FSI a manifesté son souhait de monter au capital si Nexans entrait dans une opération d'augmentation de capital structurante.

bocahu alain : M. Vincent je voudrais savoir s’il y a de l'avenir dans les câbleries NEXANS en FRANCE sachant que notre concurrent PRYSMIAN veut délocaliser une partie de sa production en TUNISIE ? Merci de me répondre sans langue de bois !!!
Sans langue de bois, les câbleries de Nexans en France ont de l'avenir. Nous sommes environ 3 500 collaborateurs, les départs ont toujours été remplacés. Nous investissons de 15 à 20 millions d'euros voire 40 en France. Je considère qu'il faut se développer en France et y mettre des activités à valeur ajoutée. La fermeture de Chauny, notre site de métallurgie était pour renforcer notre site de Lens et le pérenniser. Nous avons une vingtaine de sites en France.

pol17 : Quelle sera la politique commerciale du groupe dans une perspective à moyen-long terme ?
La perspective commerciale est de mettre l'accent sur des activités de cycle long : transport, pétrole, ferroviaire. Les autres activités ne sont pas pour autant les parents pauvres. Il est également très important d'offrir une offre commerciale de qualité : services dans le bâtiment dans la livraison, « pelage » aisé des câbles... ces services sont fondamentaux dans une offre. Au lieu d'apporter des bobines entières, mais amener dans la construction navale des câbles pré-coupés. C'est ça l'amélioration de l'offre.

Thierry : Frédéric Michellan, directeur financier, semble anticiper une année difficile pour 2010. Or, d'une part, un regain d'activité semble poindre à l'horizon outre-Atlantique, cette année, d'autre part, 2010 devrait marquer la montée en puissance des pays émergents où vous êtes peu présents. Pour quelles raisons ? Comptez-vous vous y développer ? Quels pays en particulier ? Quelles sont vos perspectives pour le marché américain ?
Sur 2010, on fait comme beaucoup de gens : on dit qu'on est confiants sur nos marchés de fond et que Nexans est bien orienté. Certains secteurs dont le bâtiment sont soumis aux aléas du cycle et nous devons l'honnêteté de dire que l'année sera difficile. Nous ne sommes pas des vendeurs de rêve, nous sommes des vendeurs de câbles. Nous avons dit que la crise n'était pas finie, nous avions prévu une réduction de 17% de nos ventes. Sur les pays émergents, on est un petit peu injuste car ils représentent déjà 35% du CA.C'est grâce à ces éléments que nous avons défendu nos marges. Cet effort n'est pas suffisant, nous étudions des possibilités de croissance en Asie notamment, en Amérique du sud nous sommes déjà N°1, il y a des potentiels également au Moyen-Orient.

Quelles sont vos ambitions sur le marché américain ?
Nous voulons être davantage présents sur le marché américain, et nous avons le temps. Nous devons d’abord nous développer. Nous avons 3-4% du marché en Amérique du nord et 20% au Canada. Nous devons monter de nouveaux partenariats mais n’avons pas encore eu l’occasion de le faire.

Les Etats-Unis ont-ils des besoins importants en réseaux ?
Le réseau nord-américain est vieux et sujet à quelques pannes. En 2003 il y a eu une importante panne. Il y a des opportunités, il ne reste plus qu’à les saisir.

Patrick M. : Merci M. Vincent d'organiser ce type de rencontre. C'est toujours un plaisir de discuter avec sa hiérarchie. Ma question est la suivante : le cours de bourse ne se porte pas au mieux ces temps-ci. Quelle est votre opinion sur cet état de fait ? Comment réagir ? Quelle est notre part de responsabilité à nous, salariés ? Merci de votre réponse honnête.
Avec plaisir ! Patrick est injuste, nous avons une progression très supérieure à celle du Cac 40. Nous avons maintenu un écart de 8 à 10 points en 2010, écart qui s'est réduit après l'annonce de nos résultats. Patrick doit être plus sensible à ses dossiers qu'à notre cours de bourse ! Toutes les sociétés qui ont annoncé leurs résultats hier (Arcelor-Mittal, PSA et nous) ont dit hier qu’elles ne voyaient pas de reprise. Nous avons été sanctionnés de l'ordre de -4%. Travaillons tous, allons tous dans la même voie, continuons le travail de fond qui est fait et à un moment ou à un autre le marché le reconnaîtra.

Nex : Quelles sont les perspectives d'embauche au sein des fonctions support (audit interne et contrôle de gestion en l'occurrence) chez Nexans compte tenu du contexte de ralentissement économique?
Nous souhaitons renforcer le poids des salariés dans le capital qui est de 1,5%. Il faut le faire croître.
Aujourd'hui on est prudent sur les fonctions supports. Nous avons de bonnes qualités des équipes de contrôle de gestion. Nous sommes dans les tous premiers à sortir nos résultats, ce qui démontre cette efficacité, donc nous ne pouvons pas faire de promesses d'embauches.

lansoftys : Bonjour M. Vincent, à l'heure où on parle de Développement Durable, quels sont les engagements de Nexans en la matière? Quelles actions sont mises en place?
Sur le développement durable, nous avons adhéré à la charte du Global Compact des Nations Unies, avec un programme de « corporate social responsabilité ». Il y a un volet de gouvernance de la société de façon civique. Nos collaborateurs ne subissent aucune discrimination, travaillent en sécurité. Dernier volet, l'environnement. Une cellule et un comité que je préside s'assure de ce programme. Nexans dégage 400 000 tonnes d'équivalent de CO2 contre 40 millions chez Lafarge par exemple. Nous produisons des câbles qui ne dégagent pas de fumée toxique par exemple sans parler de recyclage des eaux ou délimitation des dégagements de fumée. Notre activité n'est pas très polluante et la contribution des câbles à l'économie d'énergie n'est pas très importante même si nous faisons des efforts bien sûr.

D’éventuelles autres acquisitions sont-elles possibles ?
Le câble reste un secteur très émietté. Nous avons acquis Madeco en Amérique latine, il reste des acteurs locaux et régionaux dans le câble. Hors le marché devient mondial, donc certains de ces acteurs se disent qu'ils seraient mieux sous la protection d'un acteur mondial. C'était le cas de Madeco dont le concurrent avait été racheté par General Câble et s'est dit que c'était son intérêt de se mettre sous la protection de Nexans.

Michel du Canada : Bonjour. J'aimerais savoir si vous êtes toujours intéressé par Câble Alcan de Rio Tinto. Pensez-vous reprendre les négociations ? Merci à l'avance et félicitation pour cette émission.
Je ne peux pas répondre bien sûr ! Le renforcement de Nexans sur le marché américain est à l'étude.
L'opération Alcan Can ne s'est pas faite, peut-être qu'il y reviendra. Nous pouvons faire des opérations de 500 à 600 millions d'euros.

Tata : Merci beaucoup de ce chat, c'est une belle initiative. Comment voyez-vous l'entreprise à moyen terme, disons 5 à 10 ans ?
Je vais être franc : je ne sais pas ! C'est difficile de se projeter. Je crois que ce qui protègera Nexans c'est de se renforcer dans tous les grands secteurs des transports, de l'énergie, de l'électricité. C'est ce qui donnera une plus grande robustesse à Nexans, et lui permettra d'être moins tributaire de la basse tension et/ou du bâtiment. L'objectif est de consolider et d'accroître les activités à cycle long. Ce qui ne veut pas dire que les autres activités de Nexans, bâtiment, télécoms sont les parents pauvres. Ce sont des activités qui, bien gérées sur la base d'amélioration des services peuvent amener de la profitabilité.

John : Quelles sont les étapes à franchir par Nexans pour être le numéro 1 mondial ? Qui sont les concurrents de Nexans ?
Nous sommes le numéro 1 en CA avec 6 ou 7% de part de marché, c'est sur ce point qu'on peut se renforcer. Prysmian, l'italien, l'ancien Pirelli, avec le même genre de portefeuille d'activité et d'implantation mondiale, avec une position plus forte peut-être dans les télécoms. Il y a un grand généraliste américain : General Cable qui fait 3 à 4 milliards d'euros de CA, dont 50% de son activité est réalisée en Amérique du nord mais il reste généraliste en termes de produits. On voit l'émergence d'acteurs au Moyen Orient avec des acteurs mineurs dans le passé qui atteignent ou s'approchent du milliard de CA. Deux câbleurs coréens qui font plusieurs milliards de CA et un autre acteur qui s'en approche.

Vous ne mentionnez pas les entreprises de câbles chinoises ?
Les câbleurs chinois sont très atomisés, avec 3 000 câbleries en Chine, les besoins en Chine sont des besoins de base, et les fournisseurs restent circonscrits au marché chinois.

Alors quelle est la stratégie de Nexans en Chine ?
Sur la Chine, nous avons une stratégie de développement de câbles spéciaux, de ne pas nous battre sur des câbles communs. Nous sommes présents dans la construction navale, les ports, la construction ferroviaire. Des câbles haute tension de très haute puissance que nous servons à partir de l'Europe. Nous avons installé un câble sous-terrain de 500 000 volts dans la région de Shanghai.

Reine Zénobie : Comment évolue la stratégie de Nexans en matière de service au client ?
Cette question est au cœur de toutes nos préoccupations. L'un des enjeux du groupe est d'améliorer la culture commerciale dans un groupe qui a toujours eu une culture industrielle. Nous devons nous renforcer de façon ordonnée, avec un souci permanent du client pour le servir « in time » et « in full ». Les demandes sont à peu près partout les mêmes : livraison en 24 heures, logistique...

Avez-vous une stratégie pour le cuivre ?
Sur le cuivre d'abords, nos approvisionnements sont sécurisés. Nous avons des contrats cadres qui nous garantissent l'approvisionnement au Chili et en Pologne notamment. Compte tenu de la volatilité des prix, nous avons une couverture systématique, nous ne prenons pas de positions spéculatives sur le cuivre. Pas de prise de participation envisagée dans les mines.

lansoftys : Vous êtes un jeune PDG. Quel est votre regard sur votre fonction quelques mois après votre prise de fonction ? Quel est votre bilan personnel sur votre prise de fonction?
maxime : Comment s'est effectuée la passation de pouvoir avec votre prédécesseur M. Hauser ? Quelles sont vos relations aujourd'hui ?

Sur la passation de pouvoir tout le conseil était d’accord sur le modèle de « corporate gouvernance ». J'ai été désigné comme « dauphin » potentiel. J'ai réussi à vivre reste à voir si je vais me transformer en requin !

Peut-on revenir sur votre parcours professionnel ?
Depuis 2006, j'ai eu d'abord une responsabilité financière, puis une direction opérationnelle, puis je suis entré au comité de direction. Les choses se sont faites dans le temps, harmonieusement. Mon parcours est le suivant : Sciences PO, HEC, j'ai fait l'essentiel de ma carrière dans les activités financières, d'abord chez Alcatlel Câble, ensuite Gérard Hauser m'a demandé en 2000 de le rejoindre dans la nouvelle aventure de Nexans.

Quelles sont vos relations avec M Hauser ?
Mes relations avec lui sont parfaites. Il demeure membre du conseil d'administration. L'année a été forte. Je retiendrai que dans les temps difficiles le dirigeant ne doit jamais être seul. Une entreprise est une communauté d'hommes qui doit rester autour de son président sur un mode d'échange, voire même de contradiction pour ensuite établir un consensus.

Merci beaucoup, un mot de conclusion ?
En conclusion, personnellement je suis très confiant, le groupe Nexans a beaucoup développé ses métiers à valeur ajoutée, ses produis émergents, sans dette, nous avons des collaborateurs de qualité, une équipe soudée qui a envie de prouver ce qu'elle sait faire : autant d'atouts pour l'avenir et pour les investisseurs. Bonne journée à toutes et à tous.